
Si ce disque est votre introduction au monde de Durand Jones, vous en avez choisi un particulièrement électrisant. Le musicien originaire de Louisiane est l’une des personnalités soul les plus audacieuses du 21ème siècle. Son passage à la tête de Durand Jones & ; The Indications a coïncidé avec – et propulsé – une période de renaissance pour le son, un demi-siècle après les beaux jours de la scène. Le groupe formé dans l’Indiana a sorti trois albums, dont le favori culte « American Love Call », qui a fait l’objet d’une publication en mai dernier. NME a qualifié l’album de « grand disque de soul américain » lors de sa sortie en 2019.
Mais « Wait Til I Get Over », un projet solo sous son propre nom, pourrait bien être son heure de gloire. Il a été annoncé pour la première fois à NME en 2021, comme un album qui rappelle l’odeur des « magnolias par une chaude journée d’été », un parfum qui, selon lui, lui rappelle sa ville natale : « Il a cette douceur, ainsi que ce goût de moisi – il y a quelque chose de beau là-dedans ». Par « chez lui », Jones fait référence à Hillaryville, en Louisiane, une communauté fondée par des esclaves libérés après la fin de la guerre de Sécession, à la suite de réparations. C’est une ville farouchement ouvrière, qui a connu des difficultés – l’épidémie de crack des années 80 – et qui a inculqué à ses habitants, comme Jones, des valeurs bien ancrées.
Wait Til I Get Over » est donc à la fois grinçant et glorieux. La tendresse de son travail avec les Indications est quelque peu mise en veilleuse, et nous avons droit à un Jones plus cru lorsqu’il détaille l’expérience des Noirs du Sud. Le riff propulsif de ‘Lord Have Mercy’ est à la fois âpre et coloré, et masque l’infatigable travail de fond : « Peux-tu me voir dans ces yeux tristes et souriants ? » demande-t-il. That Feeling », dont il dit qu’elle est « la seule chanson d’amour qu’il ait écrite pour un autre homme », transforme une ouverture lo-fi en une épopée alimentée par des cordes : c’est de la puissance pure et brute.
Il va également à l’encontre de la tendance récente des albums solo à la sonorité familière, et met clairement en évidence son travail avec les Indications. Les inspirations sont si variées – gospel, blues, touches de hip-hop – qu’il semble inhabituel qu’il s’égare dans un territoire existant. See It Through », plein d’éclairs funk, pourrait être un classique perdu de Stevie Wonder ; « Letter To My 17 Year Old Self » s’oriente sans crainte vers un jazz de la côte ouest à la Thundercat. Il est rare de voir une sortie comme ce disque solo réalisée de manière aussi intelligente qu’elle l’est ici.
C’est un disque qui plaira aussi bien aux nouveaux venus qu’aux fans existants, mais, compte tenu de l’histoire et du cœur mis dans ‘Wait Til I Get Over’, le disque existant pour Jones ressemble à un triomphe. Il reste à voir s’il ramènera ou non ces sons ou ces éléments au groupe, mais ce disque fera trembler les murs d’Hillaryville et d’ailleurs.
Détails

- Date de sortie : 5 mai 2023
- Maison de disques : Dead Oceans







